Nos enfants vont nous haïr…
Pourquoi s’en faire ? L’environnement que nous avons cru pouvoir toujours sacrifier à nos intérêts immédiats va devenir un jour, inévitablement si nous voulons survivre, notre unique préoccupation. L’échéance sera d’autant plus proche que, comme à notre habitude, malgré les alarmes de plus en plus stridentes, nous allons continuer de tirer sur la corde.
La question, la seule, est de savoir quand cesserons-nous de tirer ?
Quand nos yeux nous piqueront ?
Quand toute l’eau sera polluée ?
De cause à effet, l’emballement climatique que nous connaissons aujourd’hui n’est que le début de ce que nos enfants devront supporter, subir, demain. Et bien sûr, plus nous attendrons, plus les conséquences naturelles et sociétales à terme seront violentes. Mais pour réagir encore faudrait-il accepter les conséquences prévisibles de nos actes !
Est-ce par arrogance, par suffisance ou par simple égoïsme que nous refusons d’admettre que notre éradication de cette planète soit plus qu’une simple hypothèse, un concept nébuleux, mais bien le seul autre choix, la vie ou la mort ?
Nous qui nous nous sommes autoproclamés «espèce élue », prédateurs suprêmes, nous qui nous targuons d’avoir conquis le monde et de l’avoir asservi, nous qui rêvons de planètes lointaines grâce à cette technologie triomphante, aurons-nous l’humilité d’admettre que le «bête » destin des dinosaures après 150 millions d’années de règne sans partage pourrait bien être, au bout du compte, aussi le nôtre ?
Aurons-nous l’intelligence de laisser à l’humanité autre chose que de lui permettre de prolonger sa survie avant de disparaître ?
Il nous faudrait pour cela très vite modifier profondément nos habitudes, nos échelles de valeur et de réussite, cesser le gaspillage et le transport tous azimuts, la compétition systématique, être généreux, …
Qui peut le croire ?
Parmi toutes les conséquences du réchauffement climatique la montée du niveau des océans est exemplaire dans «l’accélération visible »
Son évocation même était raillée il y a encore seulement quelques années. Il y a trois ans les spécialistes l’estimaient, du bout des lèvres, à quelques centimètres au maximum à la fin de ce siècle. Désormais les dernières estimations donnent jusqu’à un mètre quarante de plus dans les cent ans à venir…
Mais, même en prenant l’hypothèse la plus basse, quelques centimètres seulement suffiront à submerger l’habitat de plusieurs dizaines de millions de personnes. À moins de tous les tuer, il nous faudra bien les accueillir. Quelles en seront les conséquences sur nos sociétés ou depuis toujours l’étranger est considéré comme un danger ?
Les quelques centaines d’Afghans ou de Kurdes de Sangatte vont nous paraître, par leur nombre, bien dérisoire …
Cet exode n’est pas prévu dans un futur lointain. Il a déjà commencé. Et alors que les quelques centaines des premiers réfugiés climatiques (île de Tuvalu, …) peinent à trouver une place sur la terre ferme, n’est-il pas merveilleux de constater que, grâce à la fonte des glaces désormais quasi-exponentielle (la calotte glacière a fondu 10 fois plus vite en 2007) de nouvelles routes maritimes s’ouvrent dans le Grand Nord ?
Qu’enfin de nouveaux gisements de pétrole jusque là inaccessibles par la faute de tous ces bêtes glaçons, vont être maintenant à portée de derrick. Que ces territoires de grande profondeur (4000 mètres) ont déjà été revendiqués par la Russie mais aussi déjà très contestés… Une «bonne » petite guerre territoriale voilà qui relancerait l’industrie…
La boucle est bouclée. Indécrottables !
Pour résumer si une solution existe, elle devra être mondiale, mais avant tout être acceptée par chacun, individuellement.
De plus si hier nous n’avions en principe déjà pas le droit de nous tromper (et encore moins celui de s'acharner dans l’erreur!), nous n’en avons désormais même plus même le temps.
Et si l’on ajoute que :
- la plupart des politiques et administratifs fonctionnent encore sur des bases périmées et ne voient dans l’environnement qu’une mode de plus qui peut rapporter gros.
- des militaires et des religieux prêts à mettre la Terre à feu et à sang au nom de on ne sait trop quoi sinon de leur propres intérêts.
- et, tout au bout, une nature qui se fout pas mal de nos rêves, de nos douleurs, de nos dieux, qui ravage et tue sans haine, sans remords, juste pour retrouver un équilibre.
Alors oui, nos enfants ont toutes les «chances » de nous haïr. Haïr ces quelques générations qui savaient et qui n’ont rien fait. Ou si peu…
Théodore Monot a déclaré en regardant le désert qu’il aimait tant : « voilà ce qui restera quand l’humanité aura disparu ».
Si l’espoir est si mince pourquoi se battre encore ?
Peut-être pour pouvoir encore regarder des enfants grandir.
Peut-être parce que le gâchis immense qui s’annonce est insupportable et que la rage monte.
Peut-être aussi pour que la bêtise ne soit pas anonyme, qu'elle ait un nom ; pour que, le jour des comptes, bien piètre consolation, personne ne puisse invoquer son ignorance pour tenter de se défiler de ses responsabilités.
Détourner l’intérêt général pour permettre ses petites magouilles personnelles ou entre amis, n’est plus tolérable.
L’environnement alibi pour encore plus de béton est par exemple de plus en plus à la mode.
Le constat est alors toujours le même : plus un projet « sent mauvais » plus l’accès du public à l’information est restreint.
Il est en effet très difficile d’argumenter pour justifier un projet dont l’objectif affiché, toujours très noble (environnement, culture, santé, sécurité, emploi, …), est totalement différent de celui recherché.
Nous n’avons plus le temps de tourner autour du pot ni de prendre des gants.
Ce site n’a qu’un but, contribuer à faire passer des informations.
À chacun ensuite de juger de la pertinence ou non de nos commentaires.
Joël Babey